Le soutien à l’entreprise « moderne » dans la première moitié du XXe siècle :

Dans la première moitié du XXe siècle, alors que la deuxième industrialisation s’amplifie encore, la Société d’encouragement est confrontée à des évolutions, voire à des bouleversements du contexte économique, social et politique qui obligent l’industrie française à des adaptations parfois difficiles. A l’initiative, notamment, d’Henri Le Châtelier, un de ses présidents du début du siècle, ainsi que de celle d’autres ingénieurs des grands corps de l’Etat, elle va promouvoir de manière active un modèle d’entreprise « moderne », c’est-à-dire organisée rationnellement, informée, innovante et capable de saisir les changements.


Henry Le Châtelier (1850-1936)



Un président marquant : Henry Le Châtelier


Après la disparition de Dumas, il est décidé d’élire désormais les présidents pour trois ans et de les prendre à tour de rôle dans les différents comités. Ce changement permet à la Société d’encouragement de mieux couvrir tous les domaines où son action peut s’exercer, de multiplier les réseaux dans lesquels elle veut inscrire cette action, réseaux professionnels, patronaux, savants mais aussi politiques. Henry Le Châtelier (1850–1836 ; pr. 1904–1905), ingénieur du Corps des mines, spécialiste reconnu au niveau international de la chimie métallurgique, est celui qui incarne le mieux, malgré sa brève présidence, cette évolution du fait de son influence durable sur l’activité de la Société avant, pendant et après le premier conflit mondial. Il attache en effet une grande importance à la résolution des problèmes techniques par une démarche scientifique rationnelle, tout en tissant un dense réseau de relations, tant nationales qu’internationales.

Un rapprochement marqué avec la grande entreprise

Le modèle que la Société d’encouragement cherche à valoriser, à travers les articles du Bulletin, et dont elle soutient le développement, à travers ses actions propres et les récompenses qu’elle distribue, correspond aux entreprises dont le dynamisme, la croissance et les profits les placent souvent parmi les premières du pays dans leur domaine. La Société tend donc à se rapprocher des dirigeants du grand patronat. Elle fait de plus en plus écho à leurs préoccupations, qu’elles soient monétaires, commerciales ou même sociales.

Valoriser et soutenir activement l’entreprise innovante

L’entreprise « moderne » doit être dotée d’une forte activité de recherche, pour laquelle la Société d’encouragement se propose pendant un temps comme sous-traitante, par exemple en chimie métallurgique ou en analyse des engrais. Elle doit également fournir une production selon des normes précises : la Société, qui devient, dès les débuts du XXe siècle, un pôle majeur de la normalisation, nationale et internationale, imposant souvent ses points de vue grâce à l’influence de ses experts, peut apparaître comme une référence.


« Le pilotage d’une activité de recherche scientifique au service des entreprises : la chimie métallurgique et la publication sur les alliages (1901) ». Contribution à l’étude des alliages, La Société, Paris, 1901, h.t.
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Montrer concrètement l’importance de l’information technique

L’entreprise « moderne » doit aussi bénéficier d’une information technique constante et à jour que la Société se propose de fournir, grâce au développement de sa bibliothèque, ouverte en 1890 et recevant une abondante littérature technique française et étrangère. Le très grand nombre de périodiques qui sont dépouillés permet dans de multiples domaines la production de bibliographies complètes, parfois analytiques ; il permet également la publication d’articles dans un Bulletin qui prend, au début du XXe siècle, de plus en plus d’ampleur, ainsi que dans des revues annexes spécialisées.

Diffuser les méthodes de l’organisation rationnelle

La Société d’encouragement entend également, à partir des années 1910, avec le soutien de grands industriels comme André Michelin, être un foyer de diffusion en France auprès des entreprises et des services publics, des méthodes d’organisation rationnelle que ses experts découvrent aux Etats-Unis. Selon elle, cette organisation doit s’appliquer non seulement à la production, mais aussi aux bureaux d’étude, aux tâches administratives et à la formation. Son hôtel devient, entre les deux guerres, le principal centre de promotion de ces méthodes.


« La Société, foyer de promotion de l’organisation rationnelle du travail : la présentation du chantier naval de Penhoët à Saint-Nazaire (1919) ». L LAVALLEE, « Organisation du travail dans un chantier de 3000 ouvriers », Bulletin de la Société d’encouragement, vol. 132, 1919-1, p. 441 & 465.
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Valoriser le renouvellement de l’industrie française pendant et après la guerre

La Société d’encouragement veut enfin mettre en avant les capacités d’adaptation et de développement des entreprises françaises, en particulier par l’organisation de grandes expositions dans son hôtel : pendant la Première Guerre mondiale, pour valoriser celles qui contribuent à l’effort de guerre en présentant des produits de remplacement ; dans l’entre-deux-guerres, pour valoriser celles qui poursuivent leur effort productif dans des domaines novateurs comme la chimie de synthèse, l’aluminium, les télécommunications. ou les matières plastiques. Elle s’attache enfin à l’étude des problèmes concrets que le conflit a révélés, comme la question des combustibles ou celle des ressources de l’Empire colonial.


« La valorisation des industries et des activités développées durant la Première Guerre : les télécommunications et l’électronique ».




« Présentation de l’industrie radioélectrique française par le président de la CSF, Paul Brenot, en 1926 ». @Bulletin de la Société d’encouragement, vol. 140, 1926, p. 564.




la salle de montage des lampes dans l’usine de la CSF et les antennes de la station radioélectrique de Sainte-Assise, id., fig. 6 et 7, p. 605.@Societe d'encouragement pour l'industrie nationale




Les alternateurs à haute-fréquence de la station, id., fig. 8, p. 607.
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