Le suivi d’une économie en pleine transformation dans la seconde moitié du XXe siècle

Les difficultés successives de la crise des années 1930, de l’Occupation et de l’inflation d’après-guerre touchent durement la Société sur le plan matériel comme sur celui de son rayonnement. Son relèvement après 1945 va s’opérer rapidement grâce à l’action d’une succession de présidents très actifs, venus des milieux de la haute administration économique, de l’ingénierie et de l’industrie, dont Albert Caquot est le plus notable. A leur initiative, la Société va s’attacher à suivre les aspects de la reconstruction, puis de l’expansion des Trente Glorieuses, avant de réfléchir, à partir des années 1970, sur les finalités de la croissance et de remettre en question certains de ses modes de fonctionnement.

La nécessité d’un redressement

La Société, de plus en plus handicapée depuis les années 1930 par les difficultés financières liées à l’inflation, ne peut plus rayonner, durant la seconde moitié du XXe siècle, comme elle l’avait fait jusqu’alors, par ses grandes récompenses, par sa politique de soutien à l’entreprise ou par l’activité du cluster de sociétés savantes qu’elle avait constitué, désormais disparu. Après 1940, elle doit fermer sa bibliothèque, cœur de sa production bibliographique et la parution du Bulletin cesse en 1943.

L’action d’Albert Caquot

Albert Caquot (1881- 1976 ; pr. 1950 – 1954), ingénieur du Corps des ponts et chaussées, grand spécialiste du génie civil et de l’aéronautique, est l’un des présidents qui, dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, entreprennent le redressement de la Société. Le Bulletin va reparaître, sous le titre de l’Industrie nationale, en 1949 et bénéficier d’une subvention du CNRS à partir de 1952. Pour rendre sa notoriété à la Société, qui va célébrer avec éclat, en 1951, son cent-cinquantenaire, le choix est fait d’organiser de grandes conférences sur des thèmes directement en prise sur la situation économique du pays, avec les personnalités les plus compétentes et les plus prestigieuses.


« Le premier numéro de l’Industrie nationale (1949) ». L’industrie nationale, 1949-1, n.p.. @Cl. Société d’encouragement pour l'industrie nationale



Dresser l’état des questions de la Reconstruction

Dans un premier temps, l’attention de la Société va naturellement se porter sur les questions liées à la Reconstruction, en faisant d’abord l’état des différents secteurs de l’économie nationale aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Elle aborde également les techniques innovantes sur laquelle la Reconstruction peut s’appuyer. La célébration du cent-cinquantenaire est l’occasion d’aborder toutes ces questions, ainsi que d’autres, de nature commerciale ou sociale [ill. 19 : pages titre ouvrage 150re] avec une forte influence des points de vue patronaux.


« L’ouvrage édité à l’occasion du cent-cinquantenaire (1951) ». Le cent-cinquantième anniversaire de la Société d’encouragement et les problèmes actuel de l’économie française. 1950-1951, La Société, n.p., 1952.
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Suivre les entreprises en pleine mutation technologique

Dans un deuxième temps, qui correspond à une bonne partie de la période des Trente Glorieuses, la Société suit attentivement la transformation des industries françaises par l’émergence de nouvelles technologies, par exemple dans l’industrie aéronautique]. Elle les présente dans le cadre de la valorisation des entreprises publiques et privées : celles qui ont une politique de recherche et de développement active, par exemple dans le domaine de l’électronique ; celles qui introduisent de nouveaux procédés de fabrication, par exemple dans les domaines de la métallurgie, de la chimie ou des industries mécaniques ; celles qui savent maîtriser l’exploitation de ressources essentielles comme le pétrole ou le gaz. Elle suit également l’activité des organismes d’Etat chargés, des grands programmes du spatial et du nucléaire.


« Le suivi du l’essor de l’industrie aéronautique française dans les années 1950 : la Caravelle, premier avion commercial à réaction français ». Vues de l’appareil et de sa structure, dossier de la conférence de Pierre Satre, directeur du bureau d’études de Sud-Est Aviation, « Structure d’un avion moderne », le 31 janvier 1957, archives de la Société d’encouragement, ENC-CONF2/5.
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La présentation du programme spatial français en 1966 : le satellite Diadéme ».  Jean COULOMB, « Le programme spatial français ». L’industrie nationale, 1967-2. p. 5, fig. 3,
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La valorisation d’une technologie nouvelle, l’optronique, au service du domaine aérospatial (1975) ». Dossier de la conférence de Claude Veret, 22 mai 1975, archives de la Société d’encouragement, ENC 8/15.
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Dans un troisième temps, à partir du milieu des années 1970, dans la foulée des chocs pétroliers, les interrogations sur le modèle de développement suivi depuis la Libération arrivent progressivement sur le devant de la scène, que ce soient les questions d’alternatives énergétiques, de la relation entre agriculture et environnement, du lien entre le progrès technique et la transformation des sociétés. Cela ne signifie pas pour autant l’abandon de l’intérêt pour les technologies innovantes, par exemple dans le domaine de l’informatique ou dans celui de l’optronique.